Le KMSKA présente Ossip Zadkine et la Belgique

L'histoire méconnue derrière une carrière internationale
Avec l'exposition Ossip Zadkine et la Belgique, le Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA) met en lumière un chapitre méconnu de la vie et de l'œuvre du sculpteur français d'origine russe de renommée mondiale Ossip Zadkine. Du 31 octobre 2026 au 18 avril 2027, les visiteurs pourront découvrir plus d'une centaine de sculptures, d'œuvres sur papier, de documents d'archives et de prêts prestigieux. Pour la première fois, une exposition révèle le rôle déterminant qu'a joué la Belgique dans la carrière internationale de cet artiste visionnaire.
« Les Belges étaient mes premiers amateurs.» C'est en ces termes que Zadkine évoquait le pays où son œuvre trouva pour la première fois un véritable écho. Considéré comme l'un des sculpteurs les plus influents du XXᵉ siècle et comme une figure majeure de l'avant-garde internationale, il ne connut pourtant pas sa première consécration à Paris, mais à Anvers et à Bruxelles. Grâce à un solide réseau de galeristes, de collectionneurs et d'artistes amis, il y trouva le tremplin qui lança sa carrière.
L'exposition Ossip Zadkine et la Belgique retrace pour la première fois cette histoire. À travers des sculptures, des gouaches, des dessins, des lettres, des photographies et des documents d'archives, elle suit le parcours de l'artiste, de ses premières œuvres à sa découverte du monde de l'art belge, dont naîtront des liens durables.
L'histoire de Zadkine montre combien les rencontres et les collaborations peuvent être porteuses de renouveau. Le fait qu'il ait trouvé à Anvers un réseau créatif ayant contribué à jeter les bases de son rayonnement international, souligne le rôle de notre ville comme terreau d'idées et de talents. Aujourd'hui encore, le musée fait vivre cette tradition de fertilisation croisée entre les arts.
Un parcours mouvementé
Enfant, Zadkine se découvre une passion pour la sculpture en jouant avec l'argile de sa région natale dans l'Empire russe, l'actuelle Biélorussie. Il apprend la sculpture sur bois auprès d'un oncle paternel en Grande-Bretagne, s'initiant ainsi à la taille directe — une technique qui consiste à sculpter directement le bois ou la pierre, sans dessin ni modèle préalables — qui deviendra sa signature. Lorsqu'il s'installe à Paris, le jeune Zadkine côtoie des artistes d'avant-garde, nouant une profonde amitié avec Modigliani et rencontrant également Picasso. Il y fait ses premiers pas dans le monde de l'art et intègre l'Académie. Mais l'enseignement qui y est dispensé, encore fortement marqué par l'académisme, ne répond guère à ses aspirations.
En 1920, à l'invitation de la Galerie Sélection de Bruxelles, Zadkine présente sa première exposition à Anvers. Son langage plastique singulier y est accueilli avec enthousiasme. Fort de cet encouragement, il se tourne rapidement vers le cubisme, s'initie au modelage et commence à travailler le plâtre. Son style gagne progressivement en fluidité et en expressivité. Il expose dans des galeries de renom comme Le Centaure à Bruxelles, aux côtés d'expressionnistes flamands tels que Constant Permeke, Frits Van den Berghe et Gustave De Smet. Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles lui consacre également sa première grande rétrospective. Dès lors, Zadkine s'impose comme une figure incontournable de la scène artistique belge.
Les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale conduisent Zadkine aux États-Unis, avant qu'il ne regagne la France. La Belgique n'en continuera pas moins à jouer un rôle essentiel tout au long de sa vie. C'est là qu'il noue des amitiés durables, qu'il trouve des occasions d'exposer et de développer son œuvre, et qu'il contribue à la création du musée Middelheim ainsi que des Biennales de sculpture d'Anvers.
L'exposition Ossip Zadkine et la Belgique met également en lumière le rôle essentiel et l'œuvre de son épouse, l'artiste Valentine Prax. Après leur mariage en 1920, cette dernière expose ses propres créations pour la première fois en Belgique. Tout au long de sa vie, elle prendra en charge les aspects financiers et organisationnels de leur carrière artistique. Pendant la guerre, elle reste en France afin d’assurer la sauvegarde de l'œuvre de Zadkine.
Un artiste dans son contexte
À l'occasion de cette exposition, le KMSKA réunit pas moins de 130 œuvres, dont 20 issues de ses propres collections, 50 provenant du musée Zadkine à Paris et 60 prêtées par d'autres musées et collections privées, en Belgique et à l'étranger. Au-delà de l’artiste Zadkine, l'exposition accorde une place de choix aux femmes et aux hommes qui ont marqué son parcours. Les visiteurs découvrent comment sa carrière s'est construite grâce au réseau d'expressionnistes flamands, de collectionneurs, de galeristes et de mécènes, parmi lesquels André De Ridder, Paul-Gustave van Hecke, Gustave De Smet et Jozef Cantré. Des œuvres de contemporains tels que Marc Chagall, Jacques Lipchitz et Amedeo Modigliani replacent également le parcours de Zadkine dans le contexte de l'avant-garde internationale au sein de laquelle il évoluait.
Avec Ossip Zadkine et la Belgique, le KMSKA met pour la première fois en lumière le rôle déterminant qu'a joué la Belgique dans l'extraordinaire parcours de Zadkine. L'exposition montre également que la Belgique ne fut pas seulement un terreau privilégié pour l'art d'avant-garde, mais aussi un véritable lieu de rencontre au cœur d'un réseau artistique international.
