Et si les couleurs pouvaient chanter? Le KMSKA présente: Un rouge qui chante. Chefs-d'œuvre d'Ensor, Wouters et Schmalzigaug

Du 11 avril au 30 août 2026, l’exposition Un rouge qui chante, présentée au Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers (KMSKA), emmène le visiteur au coeur du modernisme belge, où la couleur vibre, s’anime et devient une véritable force sensorielle. Puisant dans la richesse de la collection du musée, enrichie de plusieurs prêts exceptionnels, l’exposition montre comment, autour de 1900, les artistes ont exploré de nouvelles voies pour donner corps à l’émotion et au mouvement grâce à des pigments vibrants et intenses.
"Vous avez peut-être vu L'adoration des mages de Rubens à Anvers. Je ne connais pas de tableau impressionniste avec un rouge qui chante comme celui du manteau du roi mage Melchior." Ainsi s'exprimait, en 1914, l'artiste anversois Jules Schmalzigaug dans une lettre adressée à Umberto Boccioni, l’une des figures majeures du futurisme italien. Pour Schmalzigaug, la couleur n’est pas un simple ornement, mais une tonalité, une intensité que l’on peut presque entendre.
Cette idée est précisément au coeur de l’exposition Un rouge qui chante. Elle montre comment les couleurs peuvent chanter, s’entrechoquer et s’animer, et comment la peinture devient une expérience presque musicale.
Trois figures clés
Un rouge qui chante réunit pour la première fois de manière aussi marquante trois grands coloristes belges: l’univers fantasque d’Ensor, les compositions futuristes de Schmalzigaug et les intérieurs domestiques séduisants de Wouters. Chacun, à sa manière, cherche à rompre avec la palette douce des impressionnistes. Tous perçoivent au contraire un potentiel puissant dans des pigments pleins et éclatants. Leur langage visuel crie, apaise, rit ou bourdonne. Leurs couleurs résonnent avec force et sollicitent, au-delà du regard, d’autres sens et émotions. Le rouge y joue un rôle central : non comme une couleur isolée, mais comme un leitmotiv au sein d’un riche orchestre de pigments, constamment en dialogue avec des bleus, des verts et des jaunes intenses.
"Le KMSKA abrite les plus grandes collections d’oeuvres d’Ensor, de Wouters et de Schmalzigaug. Un rouge qui chante offre dès lors une occasion unique de réunir pour la première fois leurs oeuvres dans un dialogue aussi marquant et de mettre en lumière les liens entre ces trois artistes. Grâce à plusieurs prêts exceptionnels, ce dialogue se trouve encore approfondi." — Luk Lemmens, président du KMSKA vzw.
Un fil rouge
Ce n’est pas un hasard si l’exposition s’ouvre sur La Sainte Famille au perroquet (1614–1633) de Peter Paul Rubens. Le rouge emblématique de Rubens constitue une puissante source d’inspiration précoce. L’exposition montre comment des artistes tels qu’Henri De Braekeleer et Adolphe Monticelli expérimentaient déjà une palette plus libre et vibrante. Par la finesse de leur analyse de la couleur, ils ont à leur tour constitué un nouveau modèle artistique. Rik Wouters se délectait des "kleine vermiljoenen dingskes" (petites choses vermillon) dans l’oeuvre de De Braekeleer. Les autres coloristes modernes s’en sont également inspirés, poussant encore plus loin cette quête d’un renouveau postimpressionniste. Aux côtés de Rubens et des trois coloristes, Un rouge qui chante met en lumière ces influences croisées à travers des oeuvres d’artistes tels que Jean Brusselmans, Willem Paerels et Louis van Lint.
"Au fil des siècles, le rouge a toujours attiré l’attention des artistes comme du public. C’est une couleur qui ne laisse pas indifférent : elle capte le regard, en oriente la direction et suscite des émotions. Avec Un rouge qui chante, le KMSKA invite les visiteurs à redécouvrir la force captivante de la couleur." — Carmen Willems, directrice générale du KMSKA vzw.
Une fête de couleur et de son
La possibilité de percevoir les couleurs comme des sons se trouve au coeur de l’expérimentation moderne dès le XIXᵉ siècle. En termes techniques, ce phénomène relève de la synesthésie, un phénomène neurologique où plusieurs sens sont stimulés simultanément.
Ensor, Wouters et Schmalzigaug ont montré que les couleurs chantent le plus intensément lorsqu’elles sont appliquées librement et avec force sur la toile. Les critiques ont même qualifié certaines oeuvres d’Ensor de « symphonies de couleurs ». Outre peintures et dessins, l’exposition illustre cette idée à travers des installations musicales et contemporaines. Ainsi, lors de l’interprétation de Prométhée d’Alexandre Scriabine (1915), la lumière dans la salle de concert change de couleur en fonction de la musique.
Sur le plan formel, les modernistes recherchaient également l’expression et la vivacité. Par des lignes ondulantes et sinueuses, ils mettaient les formes en mouvement. Leurs traits de pinceau et de crayon, fins ou larges, confèrent aux oeuvres un rythme palpable, comme une pulsation. Pour les modernistes, ce motif du coup de fouet, ou arabesque, était une manière de créer de l’élan ou, au contraire, une forme d’apaisement. Il n’est pas anodin que le compositeur français et contemporain Claude Debussy ait lui aussi introduit l’arabesque dans la musique.
"Ce qui unit ces trois artistes, c’est leur maîtrise magistrale des pigments puissants et des arabesques rythmiques. Dans leurs tableaux, les pigments ne sont pas une matière muette, mais des forces musicales: un rouge vermillon qui crie, un bleu qui claque, un jaune qui claironne et un vert qui retentit. Dans Un rouge qui chante, la couleur et la ligne se rejoignent dans une expérience presque musicale." — Adriaan Gonnissen, commissaire de l’exposition Un rouge qui chante. Chefs-d’oeuvre d’Ensor, Wouters et Schmalzigaug.
NOTE À L’ATTENTION DE LA PRESSE
- L’exposition Un rouge qui chante. Chefs-d’oeuvre d’Ensor, Wouters et Schmalzigaug se déroulera du 11 avril au 30 août 2026.
- Cliquez ici pour consulter la liste des visuels.
- Dans la perspective de l’exposition Antony Gormley. Geestgrond, la Salle Lumière et les salles Ensor seront, pour la première fois depuis la réouverture de 2022, libérées et transformées en espaces d’exposition. Ce réaménagement permet de présenter, dans Un rouge qui chante, une large sélection d’oeuvres issues de la présentation
permanente des Maîtres modernes. - À partir de la fin mai, l’exposition s’enrichira d’une cinquième salle, où les visiteurs pourront se plonger dans l’installation immersive Rainbow (2019) de l’artiste contemporaine Nazanin Fakoor.
- Pour l'exposition Un rouge qui chante, les visiteurs atteints de daltonisme rouge-vert peuvent emprunter des lunettes EnChroma au comptoir d'accueil afin de mieux percevoir les couleurs. Le musée dispose d’un nombre limité de paires (modèles pour adultes, enfants et sur-lunettes), mises à disposition par l’opticien Casteur.
- Un catalogue éponyme accompagne l’exposition, publié aux éditions Hannibal Books.
- Réalisée avec le soutien du Gouvernement flamand en partenariat avec la Banque Van Breda.
