Ensor : un peintre-compositeur

Aussi sombres que soient souvent les thèmes des peintures d’Ensor, sa musique était légère et simple. Était-il aussi musicien ? Absolument. Et il était également metteur en scène et écrivain. Plus on creuse dans la vie de James Ensor, plus il devient évident qu’il ne peut être enfermé dans une seule case. Le 4 octobre 2024, l’Antwerp Symphony Orchestra rendra un hommage musical au maître ostendais.
Les racines musicales d’Ensor
Lorsque la créativité coule dans vos veines, elle s’exprime souvent dans plus d’un domaine. Prenez James Ensor. Son goût de l’expérimentation débordait dans les gravures, les textes… et la musique. Il n’était peut-être pas un compositeur génial, mais il ne manquait certainement pas d’inspiration.
Ensor a développé son amour de la musique dès son plus jeune âge. Comme dans de nombreux foyers bourgeois du XIXᵉ siècle, un piano trônait dans le salon de la famille Ensor. Avec le compositeur allemand Richard Wagner comme modèle, mais sans formation musicale, Ensor improvise ses premières mélodies. Ses compositions existaient surtout dans sa tête ; il ne savait pas transcrire une note sur papier. Le sérieux n’était pas un critère. Ensor aimait divertir son public, parfois même en jouant d’une petite flûte par le nez. Avec Ensor comme ami, l’ennui n’était pas une option ; au besoin, il s’installait à votre piano pour imiter des tempêtes dramatiques.
Un monde plein de musique
Ensor n’appréciait pas la musique uniquement dans le salon. Il assistait à la fois à des spectacles de variétés, avec chansons, danse et magie, et à des concerts plus sérieux au Kursaal d’Ostende. À l’époque d’Ensor, Ostende était une destination mondaine de premier plan et le Kursaal un lieu où les grands noms de la musique se produisaient volontiers. L’orchestre symphonique de l’ami d’Ensor, Léon Rinskopf, jouissait d’une grande renommée, permettant à Ensor de rencontrer le compositeur et pianiste français Camille Saint-Saëns ainsi que le compositeur autrichien Johann Strauss Jr.

Au Kursaal, la « reine des stations balnéaires », Ostende, pouvait accueillir les grands de ce monde.

Décor pour La Gamme d’Amour
Een liefdestuin in beweging
Tout cet effervescence musicale de la Belle Époque… Ensor en voulait toujours plus. Pas simplement composer une partition, mais créer tout un ballet. La Gamme d’Amour raconte l’histoire d’un amour entre un musicien et une jeune vendeuse, dont les parents s’opposent à la relation. Lorsque les masques de carnaval prennent vie, les parents changent d’avis de manière ludique.
Ensor aurait composé la musique de La Gamme d’Amour vers 1889 sur les touches noires de son harmonium, un instrument que sa bonne amie Emma Lambotte lui avait offert. La musique valse joyeusement, avec légèreté et fantaisie. L’expert d’Ensor, Herwig Todts, précise toutefois : « Sur l’harmonium, la pièce perd tellement de sa frivolité que je trouve cela peu probable. » Quoi qu’il en soit, Ensor devait faire transcrire ses partitions tout en continuant à travailler sur les décors, les costumes et le scénario.
Ensor puise son inspiration dans diverses directions. À son époque, la commedia dell’arte est de nouveau très en vogue. Ce théâtre italien improvisé du XVIᵉ siècle mettait en scène des personnages archétypaux, chacun avec son propre mimique grotesque, son caractère et son masque. Ces figures vivent un peu dans La Gamme d’Amour.
De plus, le peintre rococo français Antoine Watteau et ses jardins d’amour apprennent à Ensor à introduire de la finesse dans ses propres jardins d’amour. À la peinture, mais aussi dans des pièces musicales pleines de relations innocentes entre hommes et femmes. La Gamme d’Amour ressemble à une sorte de version live-action d’un tableau quelque peu naïf, très éloigné des spectacles sauvages d’Ensor, peuplés de squelettes, masques et foules menaçantes. Si l’on devait résumer Ensor en un mot, ce serait « polyvalent ».
Ensor tenta de promouvoir La Gamme d’Amour auprès des plus hautes sphères, comme les sensationnels Ballets Russes de Serge Diaghilev, malheureusement sans succès. Pourtant, il a certainement assisté à quelques représentations lui-même. Comme en 1924, lorsque l’Opéra Royal Flamand d’Anvers se remplit pour la première de La Gamme d’Amour.
Ensor en concert : peintures symphoniques
Le 4 octobre 2024, exactement 100 ans après cette représentation à l’Opéra d’Anvers, l’Antwerp Symphony Orchestra rendra hommage à James Ensor avec la James Ensor Suite de Flor Alpaerts, composée en 1929. La soirée comprendra également le Concerto pour violon d’Erich Wolfgang Korngold, célèbre pour ses musiques de film, interprété par le jeune violoniste Benjamin Beilman. L’orchestre jouera en outre le Concerto pour orchestre de Béla Bartók.
Avant le concert, l’expert d’Ensor Herwig Todts et le pianiste Jan Michiels offriront une introduction musicale. Vous trouverez plus d’informations et les billets sur la page du concert Ensor en concert : peintures symphoniques.
Vivez encore plus cet automne au KMSKA
À l’automne 2024, Ensor s’empare du KMSKA avec l’exposition Ensor, rêves fantasques. Au-delà de l’impressionnisme. Avec 39 peintures et plus de 600 dessins, le musée présente la plus belle et la plus grande collection de James Ensor au monde. En collaboration avec l’Université d’Anvers, nous analysons également les peintures d’Ensor dans le cadre de l’Ensor Research Project.




