L’incrédulité de Thomas?

Un célèbre tableau de Rubens au KMSKA est connu sous le nom L’incrédulité de Thomas. Ce titre est largement répandu, mais l’apôtre Thomas n’y apparaît nulle part !
PAR KOEN BULCKENS
Les artistes ne donnaient un titre à leurs œuvres qu’à partir du XIXᵉ siècle. Auparavant, les inventaires, contrats et lettres désignaient les œuvres d’après le sujet représenté, souvent une histoire biblique ou mythologique. Pour un grand nombre d’œuvres anciennes, nous ne disposons pas de description contemporaine. Les historiens de l’art tentent alors de déterminer quel texte a inspiré l’artiste et proposent un titre basé sur leurs conclusions. Pour les thèmes connus, cela ne pose généralement pas de problème, mais dans certains cas, identifier le sujet est moins évident.
Mettre le doigt sur la plaie
Sur le panneau central de ce triptyque, qui se trouvait dans la chapelle funéraire de Nicolaas Rockox et de son épouse Adriana Perez dans l’église des Frères mineurs à Anvers, le Christ montre ses stigmates à trois hommes stupéfaits. La composition a longtemps été connue sous le nom de L’incrédulité de Thomas, une histoire tirée de l’Évangile selon Jean (20:26-29). Le Christ apparut aux apôtres, mais l’un d’eux, Thomas, était absent. Il ne crut pas ses compagnons lorsqu’ils lui racontèrent cet événement. Une semaine plus tard, le Christ apparut de nouveau, cette fois en présence de Thomas. Celui-ci vit les stigmates, les toucha et reconnut le Christ, qui lui dit alors : « Parce que tu m’as vu, tu crois ? Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
On a longtemps supposé que le jeune apôtre au premier plan du tableau de Rubens était Thomas, mais un élément crucial de son histoire manque. Dans toutes les autres représentations connues de l’apôtre incrédule, par exemple le célèbre tableau de Caravaggio, Thomas enfonce son doigt dans la plaie du côté du Christ.

Épitaphe de Nicolas Rockox et de son épouse Adriana Perez - Peter Paul Rubens, KMSKA
Les favoris de Jésus
Rubens a donc représenté un autre épisode. Mais lequel ? Pour le découvrir, il faut identifier les apôtres. L’homme au centre est sans doute Pierre : sa barbe ronde et sa physionomie correspondent étroitement aux représentations traditionnelles de celui-ci. Pour les deux autres apôtres, l’historienne de l’art néerlandaise Mireille Madou a proposé en 2017 une nouvelle identification. Le jeune homme au premier plan serait Jean. Rubens a utilisé le même modèle dans La descente de croix, une commande pour laquelle le mécène Rockox jouait également un rôle important. L’homme à l’arrière est probablement Jacques, le frère de Jean. Ces trois apôtres étaient les favoris du Christ. Ils furent témoins de plusieurs de ses miracles ainsi que de sa résurrection.
Le Nouveau Testament ne mentionne pas d’apparition du Christ ressuscité uniquement à Jean, Pierre et Jacques. Il est possible que Rubens ait eu en tête la première apparition aux apôtres, sans Thomas, et n’ait représenté que les trois principaux.
Le Christ ressuscité était un sujet courant dans les épitaphes. Il symbolisait la résurrection à la fin des temps. Les commanditaires des volets latéraux espéraient ressusciter eux aussi par leur piété, à l’instar du Christ.
Cet article est paru précédemment dans le numéro d’automne de ZAAL Z.




