Masques intrigants

Ce tableau intrigue. Une femme a piégé un homme. D’un geste de la main, elle présente sa « conquête ». Dans l’autre main, elle tient un petit bouquet de fleurs. Sont-ils mariés ? Peut-être. Des visages risibles et sinistres entourent le couple. Une femme rustre porte une poupée sur son épaule. Ou est-ce un enfant mort ? Elle pointe l’homme — son sort est incertain. Un crâne à la mâchoire détachée observe la scène. Des contrastes de couleurs vives et agressifs, ainsi que des coups de pinceau bruts et nerveux, renforcent l’atmosphère inquiétante.
Ensor : peintre des masques
Avec L’Intrigue, James Ensor a peint l’un des plus beaux masquages de son œuvre. Habituellement, les masques cachent le vrai visage de leurs porteurs. Chez Ensor, c’est exactement l’inverse. Dès 1880, le « peintre des masques » utilisa ces déguisements pour révéler la méchanceté intérieure de ses personnages dans des scènes bizarres et grotesques. Certains historiens de l’art voient dans cette œuvre la vision personnelle d’Ensor sur le mariage : la mariée a capturé le marié, et le pauvre homme n’a nulle part où fuir.
Masques de carnaval du magasin de souvenirs de sa mère
Les masques sont la marque de fabrique de James Ensor. Dès 1880, ils apparaissent régulièrement dans ses peintures et dessins, souvent les mêmes et parfois dans des positions identiques. Il s’agit presque toujours de masques de carnaval que sa mère vendait dans son magasin de souvenirs. Plusieurs de ces masques figurent sur de vieilles photos d’Ensor dans son atelier. Il est possible qu’il ait mis en scène des modèles à l’aide de ces masques et de vêtements.
Pietje la Mort
Certains masques ont été conservés. Ils se trouvent dans la collection de la Maison Ensor à Ostende et dans des collections privées. Le « squelette vivant » apparaît également fréquemment, parfois tenant une faux. Grâce à ces motifs, Ensor a mérité son surnom local : « Pietje la Mort ».
Poursuivi par des imitateurs, je me suis retiré dans le pays solitaire de la moquerie, où le masque règne avec violence, lumière et éclat. Le masque me dit : tons frais, décor somptueux, gestes larges et inattendus, expression vive, turbulence délicieuse.
L’utilisation de la couleur par Ensor
Les masques ont offert à James Ensor de nouvelles possibilités d’expression. Il suffit de regarder les transitions de couleur abruptes dans L’Intrigue. Les contrastes agressifs de couleurs non mélangées attirent également l’attention. Ensor fusionne la lumière et la couleur. Il a appris cette technique auprès des impressionnistes français, qui appliquaient des couleurs pures directement sur la couche blanche de la toile, sans sous-couche traditionnelle et avec un minimum d’ombres.
Grand maître de l’impressionnisme
Aujourd’hui, les experts en art manquent de mots pour louer l’œuvre d’Ensor. Autrefois, il en allait tout autrement. Ensor est resté incompris pendant longtemps et a très peu vendu. Ce n’est qu’après sa quarantième année qu’il a obtenu une reconnaissance. Vers 1900, des artistes et critiques allemands remarquèrent ses innovations artistiques. En Belgique également, il fut progressivement reconnu comme l’un des pionniers de l’art moderne. Le KMSKA possède la plus grande et la plus importante collection d’œuvres de James Ensor dans le monde.




