Jozef Peeters & Michel Seuphor: Best Friends Forever

Titan 1 : Jozef Peeters
Anvers, 1921. Jozef Peeters (1895‑1960) est l’un des pionniers qui introduisent l’art résolument moderne dans la ville de l’Escaut. Avec sa propre création — abstraite et géométrique — qu’il affine sans cesse à travers la peinture à l’huile, l’aquarelle, les techniques d’impression et la conception typographique. Un peu plus tard, il conçoit également des meubles, des objets utilitaires et des intérieurs, et tisse des tapisseries dans son propre atelier.

Composition - Jozef Peeters, KMSKA
Peeters est une figure de proue animée d’une véritable mission. Il est convaincu que les artistes sont les porteurs d’une vision moderne de la vie. En 1918, il fonde, avec un groupe d’artistes et d’architectes partageant les mêmes idées, le cercle Moderne Kunst. Le groupe souhaite diffuser sa vision artistique à travers des conférences, des expositions internationales et des congrès.
Jozef Peeters organise lui‑même ces congrès et y invite également des conférenciers étrangers. En peu de temps, il se constitue un réseau considérable. Il correspond avec les pionniers de différents courants internationaux. Avec Filippo Tommaso Marinetti, le père du futurisme à Milan, par exemple. Mais aussi avec le peintre Theo van Doesburg, qui tente, dans sa revue De Stijl, de saisir l’ensemble du milieu artistique néerlandais.
Titan 2 : Michel Seuphor
Michel Seuphor (1901‑1999) est légèrement plus jeune que Jozef Peeters, mais tout aussi polyvalent. Il fait ses débuts en 1919 en tant que poète. Il est également peintre, dessinateur, essayiste, historien de l’art, critique et meneur.

San Gioco Maggiore - Michel Seuphor, KMSKA
Pour les arts, l’après-guerre est une période de turbulences et de confusion. Les manifestes se succèdent à un rythme effréné et les opinions changeantes trouvent leur écho dans une large variété de revues. Des amitiés se nouent, se brisent et se réparent. Les désaccords peuvent porter sur la signification d’un mot — comme “art communautaire” — ou sur les règles à suivre au sein d’un courant particulier.
C’est dans ce contexte que Michel Seuphor lance, au début des années 1920, une nouvelle revue : Het Overzicht, à l’origine un périodique d’inspiration flamande. Au moment même où Seuphor envisage d’y mettre fin, il rencontre Jozef Peeters lors d’une conférence de Theo van Doesburg à l’Athénée d’Anvers.
Ensemble : invincibles
Michel Seuphor demande à Jozef Peeters de devenir codirecteur de Het Overzicht. La répartition des tâches est claire : Seuphor s’occupe des contributions littéraires, Peeters de l’aspect visuel. Sous l’impulsion de Peeters, la revue devient le périodique artistique le plus influent du mouvement abstrait belge.
En 1922, Seuphor et Peeters rendent visite à Herwarth Walden, le rédacteur en chef de la prestigieuse revue Der Sturm à Berlin. Une rencontre particulièrement fructueuse. Des articles de Der Sturm sont régulièrement repris dans Het Overzicht. À leur tour, Peeters et Seuphor collaborent activement à un numéro flamand de Der Sturm, publié en 1924.
Peeters publie également dans d’autres revues, de Varsovie à Copenhague, de Bucarest à Lyon. Rien d’inhabituel : les nombreux périodiques artistiques édités en Europe entretiennent une politique d’échanges très active. Les artistes y découvrent les uns les autres, leurs visions et l’émergence de nouvelles (sous‑)tendances.
Dans ce paysage créatif, Het Overzicht acquiert une position si importante que des artistes internationaux renommés, tels que László Moholy‑Nagy et Robert Delaunay, envoient des projets de couverture. Jozef Peeters et Michel Seuphor deviennent des figures centrales de l’avant‑garde flamande. Jusqu’à ce que Seuphor s’installe à Paris en mars 1925. Peeters fonde alors rapidement une nouvelle revue. Avec De Driehoek, il parvient encore un temps à prolonger l’élan de Het Overzicht.

Collection Ville d’Anvers - À l’arrière (debout) : Michel Seuphor. À l’avant, à droite : Jozef Peeters.
Entre‑temps, Jozef Peeters est devenu père. En 1925 naît Godelieve, et fin 1926 Maarten. Avec le même enthousiasme qui l’animait lorsqu’il organisait des congrès et dirigeait des revues, il se consacre désormais à sa famille.
Le surréalisme fait alors son entrée et éclipse le mouvement abstrait. Lorsque son épouse Pelagie ne peut plus quitter la maison en raison de la sclérose en plaques, Peeters prend soin d’elle avec un dévouement total. Dans leur appartement loué sur les quais d’Anvers, il recouvre chaque pièce de surfaces colorées abstraites à l’huile. Pour cet appartement, il conçoit également des meubles, allant d’un fauteuil roulant à une petite armoire‑bibliothèque.

Jozef Peeters et son épouse Pelagie - Collection Ville d’Anvers, Letterenhuis

Jozef Peeters avec ses enfants - Collection Ville d’Anvers, Letterenhuis
À travers les générations
Jozef Peeters assiste encore, juste avant sa mort en 1960, à la renaissance de l’art abstrait. Cinq ans plus tôt, après le décès de Pelagie, il avait recommencé à peindre. Il reprend alors contact avec Michel Seuphor. Celui‑ci, toujours actif comme ardent défenseur de l’art abstrait, noue après la disparition de son ami un lien tout particulier avec sa fille.
Godelieve Peeters a 35 ans lorsque son père meurt. Jusqu’à son propre décès en 2009, elle veillera sur l’appartement et l’héritage artistique de Jozef Peeters. L’affection qui la lie à Seuphor transparaît dans cette photographie de 1972, à laquelle elle avait réservé une place de choix dans l’appartement.

Avec tendresse - L’inscription dit : à Godelieve Peeters / avec amour / Seuphor / et Suzanne, ta seconde maman — Archives Jozef Peeters, Het Letterenhuis
Godelieve fait don d’un dessin de son père au musée, et en 1961 le KMSKA achète auprès d’elle sa Composition. Elle lègue ensuite à la ville d’Anvers l’appartement ainsi que l’ensemble des archives. Le Letterenhuis en assure aujourd’hui la gestion et la conservation.



