Trois nouvelles découvertes sur la collection

1. Les noms de ces jeunes filles paysannes wallonnes ont été retrouvés
Siska Beele : « À partir de 1883, le Bruxellois Léon Frédéric (1856-1940) séjourna pendant des semaines, parfois des mois, dans le pittoresque village de Nafraiture, dans les Ardennes belges. Il y trouva une multitude de modèles. En 1888, il réalisa le magnifique Les Boëchelles – un mot en dialecte wallon désignant de jeunes filles. Deux filles dans un intérieur paysan modeste, des sœurs, reconnaissables à la couleur de leurs cheveux, à leurs visages et à leurs vêtements. Cependant, leurs noms étaient restés inconnus. »

Élodie Lamotte, seule, en 1893 - KMSKB

Élodie Lamotte en tant que sœur cadette en 1888
« Jusqu’à présent. L’historien de l’art français Benjamin Foudral a pu les identifier comme étant Élodie et Aline Lamotte de Nafraiture. Il s’est appuyé sur le portrait d’Élodie Lamotte réalisé par Frédéric en 1893, conservé dans la collection du KMSKB. Les traits du visage et l’âge d’Élodie correspondent à ceux de la petite sœur sur le portrait de 1888. Née le 12 mars 1877, la sœur aînée, Aline, avait 11 ans sur le portrait de groupe, ce qui correspond également au tableau de notre collection. Enfin, le fond avec le lambris en bois et le mur bleu patiné confirme l’identification. »
2. Paul Joostens s’identifiait à une actrice
Adriaan Gonnissen : « Asta Nielsen était la star danoise du cinéma muet allemand dans les années 1910 et 1920. Première véritable déesse du cinéma, elle faisait vibrer de nombreux hommes. Les amis anversois Paul Joostens et Paul Van Ostaijen succombèrent également à ses charmes. Au Cinema Zoologie sur l’ancien Statieplein ou au Cinema Palace sur la De Keyserlei, ils se laissèrent entièrement emporter par la magie du cinéma et par les mouvements gracieux de « notre Asta ». »

Asta Nielsen

Cirque, cabaret ou spectacle de foire - Paul Joostens
« À partir de 1917, Asta Nielsen apparaît de plus en plus souvent dans les dessins de Paul Joostens. Parfois dansant nue – Asta étant surtout reconnaissable à sa coiffe de plumes – parfois de profil au milieu de formes anguleuses et mouvantes. Mais quelque chose cloche souvent avec le nez prononcé d’Asta. Joostens ne la dessinait pas ‘d’après nature’, mais réalisait plutôt des autoportraits, avec son propre nez caractéristique. L’artiste s’est tellement immergé dans son idolâtrie pour la diva de cinéma érotisée qu’il s’est identifié à elle dans ses œuvres. »

Composition avec la tête d’une femme - Paul Joosten

Paul Joostens
3. Cette cuisine ressemble plutôt à un bordel
Koen Bulckens : « Là où les générations précédentes voyaient dans cette scène de Joachim Beuckelaer une “cuisine” ou une “auberge”, les recherches indiquent clairement un bordel. Cela se déduit de l’homme qui entre depuis la pièce arrière. Beuckelaer avait déjà peint une composition similaire, conservée au Walters Art Museum. Dans ce tableau, il ne subsiste aucun doute sur l’usage d’une telle pièce arrière : un homme, pantalon baissé, se tient devant une femme allongée sur un lit. »

L’Allégorie de l’imprudence de Joachim Beuckelaer de 1563 ne montre pas de cuisine
« La scène de bordel anversoise contient une version épurée de ce motif. Beuckelaer a basé les deux variantes sur des scènes de bordel du Monogrammiste de Brunswick. L’exemple explicite montrait un homme en train de boire près d’une femme sortant du lit. Dans la version “propre” conservée à la National Gallery, du même artiste, un homme et une femme entrent habillés dans la pièce avant. La signature montre que Beuckelaer voulait suivre la version de Londres. L’image infrarouge révèle qu’il a d’abord dessiné deux figures dans l’embrasure de la porte. »

Une scène de bordel antérieure de Joachim Beuckelaer, 1562 (collection du Walters Art Museum)

Copie du Monogrammiste de Brunswick provenant de la collection du KMSKB

Copie du Monogrammiste de Brunswick provenant de la National Gallery



