Collection

Zeldzaam & 
Onmisbaar

Le gouvernement flamand reconnaît, via le Décret des Chefs-d’œuvre, les objets et collections qui… sont rares et indispensables. La collection du KMSKA compte 988 Chefs-d’œuvre reconnus. Neuf d’entre eux ont voyagé jusqu’à l’exposition Zeldzaam & Onmisbaar au MAS.
Sous le titre Zeldzaam & Onmisbaar, vous pouvez voir, du 31 octobre 2023 au 25 février 2024, 100 œuvres de la Liste des Chefs-d’œuvre flamands réunies au MAS à Anvers. Le Décret des Chefs-d’œuvre flamands célèbre ainsi son vingtième anniversaire.

Un Chef-d’œuvre indispensable possède une ou plusieurs de ces quatre caractéristiques : il a une fonction de liaison, une valeur particulière pour la mémoire collective, une valeur de référence et/ou une valeur artistique particulière. Nous utilisons ces caractéristiques comme guide pour mettre en lumière quatre de nos Chefs-d’œuvre.

1. La fonction de liaison | Les Deux Printemps

1. La fonction de liaison | Les Deux Printemps

Gustave Van de Woestyne (1881-1947) écrit à propos de cette œuvre en 1915 :

« Mon tableau Les Deux Printemps représente deux jeunes filles : l’une vient de la campagne avec un petit corsage rouge, et l’autre vient de la ville avec un grand chapeau orné d’une grande plume rouge sur la tête. »

Van de Woestyne est enchanté par le paysage autour de Sint-Martens-Latem et par la vie agricole simple qui y règne. Dans ce tableau, il ne cache pas sa préférence pour la jeune fille paysanne sans artifice. Il dissimule presque complètement la fille de la ville sous son énorme chapeau.

Gustave Van de Woestyne observe attentivement ses prédécesseurs et aboutit à ce mélange audacieux de la Renaissance flamande et italienne, exprimé dans un langage visuel moderne. Il remplit complètement la surface picturale avec ses figures monumentales, à la manière des artistes italiens qui l’ont précédé. Cependant, il laisse très peu d’espace de mouvement à sa soi-disant « souris des champs » et « souris de la ville ». Madonna del Parto (1455–1465) de Piero della Francesca semble avoir flotté quelque part dans son esprit. La paysanne ressemble presque à un miroir de la Madonna, avec son cou élancé et l’ouverture de sa robe. Il emprunte à Hans Memling et à Jan van Eyck des éléments tels que le profil en trois-quarts, les contours nets et le regard vers un paysage avec un petit paysan.

Malgré leurs contrastes, Van de Woestyne relie également les deux femmes. Par les surfaces rouges, leur posture identique, une mèche bouclée près de l’oreille et la forme de leur bouche. Tous ces éléments contribuent à la composition équilibrée.

Hans Memling, KMSKA

Palmier issu de 'Bernardo Bembo, homme d’État et ambassadeur de Venise' - Hans Memling, KMSKA

Piero della Francesca

Madonna del Parto - Piero della Francesca

Il reprend de Memling et Van Eyck des éléments tels que le profil en trois-quarts, les contours nets et la perspective vers un paysage avec un petit paysan. Van de Woestyne transforme la tradition artistique italienne et flamande en une image puissante, où les grandes surfaces de couleur frôlent l’abstraction sans jamais l’atteindre. Le petit paysage est un fragment de Bernardo Bembo de Memling, également un Chef-d’œuvre.

2. La mémoire collective | La Violence Folle

La Violence Folle est l’une des sculptures les plus célèbres de Rik Wouters (1882–1916). La version issue de la collection du KMSKA est exposée avec éclat au Middelheimmuseum. Le parc de sculptures en plein air semble être le cadre idéal pour cette bombe d’énergie. Depuis le ventre en bronze, l’énergie pulse dans toutes les directions, jusqu’à une libération totale de la force accumulée.

Cependant, l’épouse de Wouters, Nel, a dû poser rigide sur une jambe pendant des heures pour cette création. Cela était déjà un exploit en soi, témoignage de l’habileté de Wouters à faire tenir la sculpture sur un seul point d’appui sans qu’elle ne tombe.

Wouters a trouvé l’inspiration de cette approche inhabituelle auprès de la danseuse américaine Isadora Duncan. En 1907, il observe Duncan travailler à Bruxelles avec Nel, exécutant sa Danse scythe, inspirée des représentations antiques de bacchantes dansantes. L’artiste laisse mûrir ses idées jusqu’en 1912, lorsqu’il crée La Violence Folle comme une sorte de mémoire condensée de la danse sauvage de Duncan.

La Violence Folle

La Violence Folle - Rik Wouters, Middelheimmuseum

Outre sa complexité technique, la sculpture révèle également un choix clair : lever la jambe n’était pas exactement l’option la plus pudique pour un nu. Les formes de Nel sont à la fois réalistes et esquissées. Alors que le réalisme dominait la peinture, il n’était pas aussi évident dans la sculpture du tournant du siècle. Rik Wouters observe donc attentivement l’innovateur Auguste Rodin (1840–1917). Tous deux recherchent des formes non conventionnelles. Et finalement, La Violence Folle est exactement cela : une trouvaille extrêmement originale composée de formes. La nudité de Nel n’a pas d’importance. Comme dans l’architecture résonne le principe form follows function, on pourrait ici dire : la forme suit le concept.

3. La valeur de référence | Autoportrait lors d’une chasse au lion

Entre 1879 et 1885, James Ensor (1860–1949) réalise ce(s) croquis. Comme l’indique le titre, le jeune artiste étudie son propre visage. Comme c’est souvent le cas, les artistes ne remplissent pas nécessairement une feuille de croquis avec un seul sujet. Ensor ajoute donc à sa propre tête une chasse au lion, telle que nous la connaissons chez Peter Paul Rubens (1577–1640) ou Eugène Delacroix (1798–1863). En plaçant les deux sur une même feuille, le cheval et le cavalier ainsi que le lion semblent apparaître comme une image onirique sortie de l’esprit d’Ensor. Comme dans une bande dessinée.

James Ensor

Autoportrait lors d’une chasse au lion - James Ensor

Les Chefs-d’œuvre ayant une valeur de référence apportent une contribution importante à la recherche. Pour un musée d’art, les croquis originaux des artistes sont de véritables cartes au trésor. Sous l’égide de l’Ensor Research Project, le KMSKA étudie le processus créatif d’Ensor. Cela n’a rien d’un hasard : le musée possède la collection Ensor la plus vaste au monde. Elle comprend, entre autres, 38 peintures et 675 dessins et croquis. La majorité de ces dessins est reconnue comme Chef-d’œuvre, comme cet autoportrait. Ces 675 dessins nous rapprochent énormément d’Ensor : on y voit comment il perfectionnait son talent, cherchait des compositions et évoluait en tant qu’artiste. Grâce aux copies dessinées, nous voyons quels artistes il considérait comme modèles et comment il combinait, jour après jour, réalité et visions dans ses croquis.

Les dessins sont fragiles. Ils ne supportent que peu de lumière et sont donc rarement exposés. Autoportrait lors d’une chasse au lion est conservé dans des armoires de dépôt adaptées. Dans l’aile Ensor du KMSKA, il existe néanmoins un cabinet de gravures où les estampes et dessins sont renouvelés tous les trois mois. Il se peut que vous puissiez un jour voir ce dessin en vrai.

4. La valeur artistique particulière | Nature morte au poisson

4. La valeur artistique particulière | Nature morte au poisson

Clara Peeters (ca. 1588–ca. 1657) est sans conteste l’une des grandes figures de l’histoire de l’art occidental. Elle est la reine de la nature morte. Au début du XVIIᵉ siècle, ce genre commence à gagner en popularité. Les changements dans la pratique religieuse modifient le goût des citoyens pouvant s’offrir une peinture. Le quotidien s’invite ainsi dans le monde de l’art.

Pourtant, les natures mortes n’obtiennent pas une grande reconnaissance. Le monde considère que les scènes inventées constituent le véritable art majeur, car l’artiste doit faire preuve d’imagination pour les créer. Les natures mortes, dont le sujet est devant soi, étaient donc un genre sûr pour les dames souhaitant s’amuser avec la peinture.

Cela peut être vrai. Mais le fait que Peeters jette par-dessus bord le langage visuel idéalisé de son époque pour peindre du mobilier domestique hyperréaliste est avant-gardiste. C’est Peeters qui commence à ajouter des poissons pour la première fois, c’est Peeters qui pose pour la première fois des animaux chassés sur la table. Tout est très précis : toutes ces surfaces et textures différentes. Et elle en tire un bon revenu. Son travail est même très recherché en Espagne.

Malheureusement, Clara Peeters subit le même sort que de nombreuses autres artistes femmes. Malgré de grands succès de son vivant, elle est ensuite oubliée. Heureusement, en 1905, le musée a pu acquérir Nature morte au poisson, l’une de ses 39 œuvres connues. Ainsi, l’héritage de cette pionnière peut être préservé.

Exposition Zeldzaam & Onmisbaar

Du 31 octobre 2023 au 25 février 2024, 100 œuvres de la Liste des Chefs-d’œuvre flamands au MAS à Anvers.

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